lundi 11 janvier 2010

Tour d'horizon des solutions pour réduire le déficit

À l'émission du 21 janvier de de Jean-Luc Mongrain sur LCN, en marge de la rencontre économique, j'ai eu l'occasion de donner un aperçu des solutions pour réduire le déficit mises de l'avant par notre groupe d'économistes. Visionnez l'entrevue

jeudi 12 novembre 2009

Des valeurs bien vivantes

Paru dans La Presse, le 12 novembre 2009, page A25. 

Même si elle a démontré sa résilience depuis quinze ans, l’ADQ est aujourd’hui à plat. Avec les derniers soubresauts, même ses partisans les plus irréductibles questionnent sa viabilité. On voit mal, en effet, comment une autre course à la direction pourrait attirer de nouveaux candidats, du financement et des membres. Difficile aussi d’imaginer comment un chef couronné, aussi talentueux soit-il, pourrait relever une marque politique aussi amochée, puis attirer des candidats vedette. Faut-il donc fermer boutique et se résigner à l’alternance des vieux refrains? Pas si vite. En quinze ans, les adéquistes ont fondé un courant politique réuni non seulement autour d’un chef, mais aussi autour de quelques idées phares. D’abord, des valeurs d’autonomie et de responsabilité, autant pour les individus et les établissements publics que pour le Québec. Puis, une critique impénitente du modèle d’État hérité de la Révolution tranquille. Et partant, des idées de réformes faisant place au choix, à la liberté et à la concurrence. Enfin, une préoccupation sincère pour la dette et l’équité intergénérationnelle. Ces idées ont séduit environ un électeur sur six en 2003 et en 2008. Elles sont maintenant bien implantées dans plusieurs régions du 418 et du 819, ainsi qu’au sein des générations x et y. Profitant de la faiblesse circonstancielle de ses adversaires, l’ADQ a franchi la barre des 35% en 2002 et 2007 grâce à des percées dans le 450, terreau des jeunes familles. Ce parcours a donné naissance à une famille politique de sympathisants, d’organisateurs et de candidats. Des hommes et des femmes qui aspirent maintenant à autre chose qu’à retourner dans le sérail des partis qui ont conduit le Québec au palmarès des États les plus endettés de l’OCDE. Ainsi, même si la marque ADQ est aujourd’hui à plat, son discours, son électorat et ses militants, eux, demeurent. Dans les années à venir, si le gouvernement persiste à procrastiner le ménage de ses dépenses et de ses structures, même en présence d’un déficit record, les propositions adéquistes, hier encore taxées de radicales, pourraient bien recueillir un appui majoritaire. Dans ce contexte, l’ADQ n’a pas besoin de perdurer à tout prix. Les partis sont des véhicules, pas des fins en soi. Plutôt, les adéquistes pourraient commencer dès maintenant à préparer leur mutation vers un autre véhicule. Ce nouveau parti reste bien sûr à définir, mais il s’articulera sans doute autour de quelques grandes idées de réforme. S’il peut voir le jour, il regroupera des souverainistes capables d’apercevoir non seulement les défauts du Canada mais aussi ses qualités, ainsi que des fédéralistes capables d’envisager l’indépendance sans subir une crise d’apoplexie. Il sera porté, notamment, par des communicateurs doués, par des hommes et femmes ayant tiré des leçons de leur passage au gouvernement, par des universitaires prêts à joindre le geste à la parole, et par des gens d’affaires fatigués d’attendre. Ainsi, le prochain chef de l’ADQ en sera nécessairement un de transition. Sa mission sera claire : tendre la main aux adversaires d’hier, recruter son propre relayeur et rassembler, autour d’un projet, le camp du changement.

samedi 26 septembre 2009

Le péage tient la route

Paru dans La Presse, le 26 septembre 2009, page A35

Qui n’aime pas jouir d’un bon service public, tout en refilant la facture à l’ensemble des contribuables, y compris à ceux qui ne s’en servent jamais? «Tout le monde s’efforce de vivre aux dépens de tout le monde» ironisait déjà Frédéric Bastiat au 19e siècle.

Réunis ce weekend en conseil général, les libéraux se prononceront sur le principe de réintroduire le péage sur les autoroutes. Voilà une bonne idée dont l’heure est arrivée.

En 2007, le gouvernement du Québec a lancé un programme de réfection et de construction de routes et d’autoroutes qui coûtera plus de 10 milliards $ sur cinq ans, entièrement financé par endettement. Le service de cette dette, de même que les dépenses d’entretien courantes, sont financés par les utilisateurs de toutes les routes, par le truchement de la taxe sur le carburant et des droits sur les permis et les immatriculations. Mais aussi par l’ensemble des contribuables via les taxes et impôts généraux.

Du coté des bénéfices, une autoroute en bon état profite à trois catégories de citoyens. D’abord, à ses usagers, qui peuvent se déplacer plus rapidement que par les routes ordinaires. Puis, à l’ensemble des automobilistes, en réduisant la congestion sur les autres rues et routes. Et, finalement, à la société toute entière, en favorisant le commerce et l’investissement industriel. Par conséquent, une autoroute devrait aussi être financée par trois sources de revenus provenant de ces mêmes catégories, idéalement dans les mêmes proportions que les bénéfices qu’ils en retirent. Or, l’usage des autoroutes étant gratuit, les gens qui en profitent le plus sont subventionnés par les deux autres catégories. Cette forme de redistribution est injustifiée.

C’est pourquoi il est souhaitable que les usagers des autoroutes assument une plus grande part du coût de leur réfection. Quiconque a emprunté une autoroute aux États-Unis ou à Toronto ou en France l’a constaté : là comme dans beaucoup de pays avancés, le péage est courant.

Il y a quelques années, le produit de la taxe sur le carburant (1,6 G$) et des droits sur les permis et les immatriculations (670 M$) pouvait dépasser le budget alloué aux routes provinciales. Mais avec le vaste programme de réfection en cours, ce ne sera bientôt plus vrai.

Lorsqu’ils ont été abolis au Québec en 1985, les péages ralentissaient la circulation. Maintenant, avec les systèmes électroniques, c’est plutôt le contraire : le péage modulé selon l’heure ou le jour pousse une partie des automobilistes et des camionneurs à prendre la route en dehors des heures de pointe. Donc avantage pour les navetteurs: moins de congestion le matin et l’après midi.

Vrai, un retour des péages équivaudrait à une nouvelle forme de taxation. Certes, pour éliminer son déficit, le gouvernement ne doit pas seulement taxer davantage, mais aussi et surtout couper, quitte à passer quelques vaches sacrées à l’abattoir. Mais cet argument valide ne doit pas servir à bloquer une bonne idée. Le retour du péage tient la route, indépendamment de l’état désastreux des finances publiques.