jeudi 10 mai 2012

Des diplômes scellés au carré rouge

Paru dans Le Devoir le 7 mai 2012.

Le gouvernement, les étudiants, les chefs d’établissement et les syndicats de profs souhaitent tous « sauver » la session d’hiver. Gageons que, peu importe si le conflit se règle ou pas, la session sera « sauvée » pour une simple et mauvaise raison : c’est ce que tous les groupes désirent ! Voyons voir : les étudiants ne veulent pas assumer les conséquences de leurs actes ; les professeurs d’université ne veulent pas rater la saison des colloques internationaux ; les professeurs de cégep ne veulent pas changer leurs plans de vacances ; la ministre de l’Éducation ne veut pas porter l’odieux d’annuler la session ; les administrateurs ne veulent pas se casser la tête à digérer un bouchon de 170 000 étudiants qui engorgera le système pour les deux prochaines années.

Face à tous ces alliés objectifs, personne ne défend la valeur des diplômes décernés par les cégeps et les universités. Tout le monde a intérêt à faire semblant que les professeurs peuvent enseigner (et les étudiants assimiler) la matière d’un cours dans le quart ou le tiers du temps qui est normalement requis. Facile ! Suffit de supprimer les travaux de session et « d’alléger » la matière à examen. À tous ceux qui sont tentés par cette lâcheté, dites-vous une chose : quand les étudiants ayant boycotté leurs cours arriveront à l’université ou devant un employeur un peu exigeant, leurs diplômes fondés sur des cours tronqués seront marqués du sceau du carré rouge.

jeudi 14 juillet 2011

Crise de la dette : à quand des compromis ?

Paru dans La Presse, le 14 juillet 2011, page A15.

La crise de la dette publique aux États-Unis, en Grèce et dans plusieurs pays européens nous éclaire sur notre propre difficulté, au Québec, à prendre ce problème par les cornes.

A priori, les situations sont fort différentes. Les Grecs, acculés au mur du défaut de paiement, sont contraints par les pays riches d’Europe de mettre en œuvre un plan d’austérité sans précédent. Ils n’ont pas le droit d’imprimer des euros et il n’existe pas encore en Europe de système statutaire pour transférer de la richesse d’une région à l’autre, à l’instar du fédéralisme fiscal au Canada.

Les États-Unis, eux, ont le loisir d’imprimer des dollars pour financer leur déficit public; ils se prévaudront de cette échappatoire tant que des épargnants privés et publics, notamment étrangers, voudront bien acheter des bons du Trésor. Contrairement au cas grec, la crise actuelle reliée au plafond de la dette fédérale découle d’une loi du Congrès, que celui-ci peut modifier à sa guise. La contrainte est donc moins sévère que si elle était imposée par une institution étrangère ou le marché.

Au Québec, le gouvernement provincial ne peut ni imprimer de l’argent, ni se financer à l’infini sur les marchés étrangers. Mais il bénéficie de la solidarité des autres Canadiens qui, via la péréquation entre autres, nous permettent de vivre au-dessus de nos moyens autonomes. Résultat : même si le ratio d’endettement du Québec se compare à celui de la Grèce, nous ne sommes pas contraints, comme elle, à nous réformer en profondeur.

Mais au-delà des différences évidentes entre ces trois états, nous apercevons aussi des similitudes entre les débats nationaux sur l’endettement public. Dans les trois cas, les partis de gauche et de droite s’entendent sur la nécessité de la juguler. La plupart des acteurs ont dépassé le stade du déni et admettent la gravité du problème. À la mode partout : des discours vertueux sur la responsabilité fiscale, le souci du long terme ou l’équité intergénérationnelle. Mais quand il faut choisir les moyens, c’est bien sûr à l’autre famille politique à faire des concessions.

Le réflexe « pas dans ma poche » s’arrête toutefois devant l’implacable contrainte extérieure. En Grèce, le gouvernement social-démocrate vient de faire avaler à sa clientèle de gauche une réduction du salaire des fonctionnaires et un train de privatisations. En revanche, aux États-Unis et au Québec, le problème n’est pas encore perçu comme assez grave pour que, dans chaque famille politique, l’on accepte de sacrifier ses vaches sacrées. Aux États-Unis, les Républicains rejettent toute hausse d’impôt et les législateurs Démocrates regimbent à rogner les grands programmes sociaux. Au Québec, libéraux et péquistes tiennent toujours à de grands pans du « modèle québécois », comme les subventions budgétaires et fiscales aux entreprises et la participation à leur capital; tandis que le camp de la droite refuse d’envisager une hausse des revenus.

Ainsi, les politiciens traditionnels restent campés sur leurs positions idéologiques tant qu’ils ne sont pas amenés au bord du précipice par une contrainte extérieure. Quand ils y sont rendus, le bon sens prévaut enfin, mais au prix d’un choc plus violent à l’économie et à la population.

Le leadership, ce n’est pas de se servir de la dette pour ressasser son discours habituel, c’est de se résoudre à dire à sa propre famille politique ce qu’elle ne veut pas entendre : que pour en arriver à une solution viable, à la fois politique et économique, on ne peut seulement demander des sacrifices à l’autre camp, il faut aussi être prêt à en faire soi même par rapport à ses convictions.

Voir aussi le débat suscité par ce texte dans la blogosphère:
- Jean-Martin Aussant, "Deux mythes pernicieux"
- Martin Coiteux, "Jean-Martin Aussant, porte-parole de l’école du déni"
- Le magazine nagg, "PDM 2, JMA 0"

lundi 24 janvier 2011

Combien coûte le déneigement?

Voir aussi les reportages diffusés le 24 janvier à TVA, ici et ici, ainsi que les articles parus dans le Journal de Montréal, La Gazette, la revue Maisonneuve et plusieurs hebdos régionaux.

En 2010, les municipalités du Québec ont dépensé environ 700 millions $ pour déneiger leurs rues, trottoirs, boulevards, rangs et chemins. C’est plus que pour des fonctions comme l’enlèvement des déchets, l’alimentation en eau potable, les égouts ou le traitement des eaux usées. Nous savons que le déneigement coûte cher, globalement, mais combien coûte t-il, au juste, par municipalité? Et surtout : la dépense en déneigement de notre municipalité est-elle raisonnable? Pour commencer à répondre à cette question, il faut comparer les municipalités, d’où le principe d’un classement.

Le classement présenté plus loin se fonde sur un indicateur de gestion calculé chaque année par les municipalités selon une formule prescrite par le ministère des Affaires municipales et de l’Occupation du territoire (MAMROT) : le «coût de l’enlèvement de la neige par kilomètre de voie». Les municipalités peuvent se servir d’un indicateur de gestion pour comparer ses résultats avec ceux de leurs pairs, en vue d’améliorer leurs résultats. Toutefois, cet outil de gestion est peu utilisé. Lors d’un sondage mené en octobre 2009 auprès des 1113 municipalités du Québec, 388 (35%) ont répondu au questionnaire. Parmi ces 388 participants, 4% ont affirmé qu’ils utilisent les indicateurs assez ou très souvent, 41% qu’ils ne les utilisent que très peu et 55% pas du tout.

Le présent exercice vise à informer les contribuables et les élus municipaux de la position relative de leur municipalité, par rapport à des municipalités de taille semblable ou à ses voisines sur le plan de ses dépenses en matière de déneigement. Ce faisant, nous espérons qu’un plus grand nombre d’élus municipaux s’intéresseront à ces indicateurs en vue d’améliorer la gestion municipale.

Téléchargez le texte d'introduction

Téléchargez les classements
1. Municipalités regroupées selon leur population:
100 000 habitants et plus
50 000 à 99 999 habitants
25 000 à 49 999 habitants
10 000 à 24 999 habitants
2000 à 9999 habitants, Bas-St-Laurent, Gaspésie et Côte-Nord
2. Municipalités regroupées par communauté métropolitaine:
Communauté métropolitaine de Québec
Communauté métropolitaine de Montréal:
- Île de Montréal
- Laval et couronne Nord
- Longueuil et couronne Sud